Départ de Liège dès le matin, nous prenons le bus jusqu’à la gare de Liège-Guillemins.
De là, un train nous emmène à Bruxelles-Midi, avant de prendre une correspondance qui s’arrête directement à l’aéroport de Paris Charles de Gaulle (CDG).
Il nous semblait plus simple de partir de Paris via Air-France, qui propose des vols directs sans escale pour rejoindre Tokyo.
Grâce à l’adrénaline du départ, Magali peut gérer un début de lumbago qui risque d’être problématique pour les 2 prochaines semaines…
Je suis équipé pour pouvoir supporter les conditions du voyage : un étui relié à une poche pour pouvoir éviter le déplacement aux WC durant le vol, et je suis assis sur une sangle de transfert spécialement conçue pour les voyages en avion.
Nous rejoignons sans encombre l’aéroport avec plusieurs heures d’avance… un des sacs principaux qui contient pas mal de choses lourdes et importantes décide de nous lâcher à ce moment, heureusement il y a un magasin Relay pour nous fournir un grand sac aux couleurs de l’équipe du XV de France de Rugby… cela fera l’affaire !
Nous nous dirigeons presque immédiatement vers le guichet Air-France pour signaler notre présence, demander l’assistance PMR et enregistrer les bagages… et mon fauteuil roulant électrique.
Le fauteuil doit voyager en soute, et doit normalement être déconnecté des batteries, car suite à plusieurs incidents avec des batteries au lithium, la règlementation et l’attention des compagnies aériennes a été grandement augmentée. Heureusement, mon fauteuil utilise des batteries-gel, et dispose d’une autorisation spécifique qui le dispense d’une déconnexion complète des batteries. Seul un second interrupteur qui est au niveau des batteries doit être désactivé pour pouvoir voyager. On fournit le document, et la chaise est étiquetée sans autre formalité.
Un membre du personnel nous accompagne, nous aide pour traverser les contrôles et nous emmène directement dans la zone commerciale du terminal.
Après un moment de détente, la tension monte doucement et inexorablement jusqu’à l’heure du départ.
Environ une heure avant le décollage, je suis pris en charge par le personnel de l’assistance qui me transfère sur une « chaise de bord », et part avec le fauteuil pour l’emmener en soute. Je suis poussé jusqu’au siège réservé, tandis que Magali se débat tant bien que mal, seule pour gérer tous les sacs nécessaires au voyage et qui doivent nous accompagner à bord (coussins, CPAP, chargeur de la chaise, …), en plus des bagages qui vont avec nous en cabine.

L’emplacement choisi pour les sièges est stratégique, pas trop loin des WC et Magali côté allée, Steph côté hublot. En effet, si la poche urinaire est pleine durant le vol, il faudra la vidanger et en vider le contenu dans les toilettes, le plus discrètement possible évidemment…
La sangle spéciale utilisée pour me porter est rassurante, mais pas forcément connue du personnel, qui galère un peu. Finalement on arrive à être installé avant l’arrivée de tous les autres passagers.
Première expérience en avion à deux, c’est à la fois émouvant et stressant. Nous préparons ce voyage depuis plusieurs mois, et avons des rêves plein la tête…
Après un décollage parfait vers 23h, nous pouvons prendre un repas puis essayer de nous occuper ou dormir pendant les 14h du vol Paris-Tokyo…
Ce vol est difficile, la fatigue se fait sentir, des douleurs m’obligent à souvent bouger, ce qui rend quasi impossible le sommeil de Magali qui doit me mobiliser à intervalle régulier. Heureusement que la motivation est là, et que nous trouvons le courage nécessaire pour passer outre ces désagréments… 14h de vol et 7h de décalage, le vol de nuit est compliqué pour le rythme biologique.
Finalement, nous atterrissons à l’aéroport de Tokyo Haneda à l’heure prévue. Nous sommes presque en larmes, le plus dur est fait.
Après que les autres passagers aient quitté l’appareil, l’assistance Japonaise arrive. Deux jeunes filles, seules, pour me porter et me sortir l’appareil. La communication est difficile, heureusement le personnel de bord fait l’interprète et nous aide tant bien que mal. Ils sont adorables, et nous aident de leur mieux. Magali doit encore gérer le transfert de tous les sacs pendant qu’on extrait Steph de l’avion.
Une fois sorti de l’appareil, ma chaise est bien là, et deux autres personnes japonaises sont là pour aider au dernier transfert. Ils comprennent vite l’utilité de la sangle, et après avoir compté tous ensemble, ils arrivent à me rendre à nouveau opérationnel dans mon fauteuil roulant électrique.
Le premier contact avec le personnel Japonais est impressionnant d’efficacité, une jeune fille aide Magali, et nous accompagne jusqu’à nos bagages. Le chemin pour les rejoindre est long. De grandes affiches pour des produits de luxe bordent la longue allée où un grand tapis roulant permet aux piétons de ne pas trop se fatiguer. Moi je fais la course-poursuite avec ma chaise, sous l’oeil amusé de notre accompagnante. Nous récupérons notre valise, puis elle nous aide pour les formalités des douanes. Elle nous laisse ensuite seuls dans l’aéroport, où nous devons suivre les étapes nécessaires pour pouvoir continuer (commencer ?) notre périple :
- activer les cartes e-sim sur nos 2 GSM pour pouvoir disposer d’internet illimité au Japon
- acheter des cartes IC (Suica ou Pasmo) pour pouvoir payer le métro / le train
- retirer de l’argent liquide à un distributeur
- charger les cartes IC avec le montant nécessaire
- appeler nos proches pour les rassurer
- trouver la direction Asakusa de la Keykiu Line
- demander l’assistance en arrivant dans le métro
- passer le portique après avoir payé avec nos cartes
- attendre le métro 3 minutes
- entrer dans le métro
Comme dans un jeu vidéo grandeur nature, les objectifs de la liste sont cochés l’un après l’autre, la carte est sur mon GSM à côté du joystick de ma chaise faisant office de map, celle qui se trouve habituellement en haut à droite de l’écran de la télé pendant une partie de Zelda, de GTA ou d’Assassin’s Creed…
L’assistance PMR du métro Tokyoïte est redoutablement efficace, une jeune fille nous accompagne, place une mini-rampe et nous fais entrer dans le wagon.

Nous nous regardons, interloqués par la situation. On est à 15.000 km de chez nous, dans un métro bondé, presque aucun signe / mot n’est compréhensible sur les centaines d’indications qui nous entourent, qui clignotent et qui font du bruit.
Et pourtant nous avons le sourire le plus béat qu’on puisse imaginer sur la tête des gaijins que nous sommes. Il règne un calme et un sentiment de sérénité incroyablement palpable.
Après 40 minutes, nous arrivons à la station Asakusa, et nous pouvons découvrir le sol immaculé d’une station de métro japonaise.
Google maps continue de nous guider, nous rejoignons l’air libre. Il fait chaud pour la fin du mois d’octobre.
Il fait nuit, et le jeu de piste vers notre hôtel commence. Sur le chemin, nous croisons notre premier sanctuaire shinto. Il nous faudra du temps pour comprendre les subtiles différences entre les temples et les shrines (sanctuaires) qui pullulent un peu partout à Tokyo. Mais c’est trop bien, Magali se régale avec de jolies photos de nuit de ce joli bâtiment si coloré et exotique, tellement éloigné de notre quotidien. Elle repère au passage la Tokyo Skytree, le bâtiment le plus haut du Japon. Nous devons y aller dans 2 jours pour aller fêter notre premier mois de mariage, le restaurant panoramique est réservé…
Après un petit quart d’heure d’émerveillement, nous arrivons au Tobu Hotel Asakusa, qui sera notre point de chute pour les 10 jours à venir. C’est grand, ça blinque, le personnel est avenant. On checke-in, on prend l’ascenseur jusqu’à notre chambre.
C’est joli, très classique, spacieux (étonnant, mais c’est à cause du type de chambre : les PMR sont beaucoup plus grandes que les chambres standard). On a vue sur un grand carrefour au milieu des immeubles, on voit au loin la rivière Sumida et la Skytree. Une vue digne d’un film. On dépose les bagages, et on veut repartir immédiatement, on est trop surexcités malgré la fatigue.
Pourtant, il faudra bien encore un peu patienter, j’ai rendez-vous en visioconférence avec Kuniyasu, qui nous a fourni le lève-personne en location. Encore une chose difficile à appréhender pour les gaijins que nous sommes : l’obligation de faire ce qui doit être fait, et correctement. Nous passons donc avec lui en revue patiemment toutes les fonctionnalités du matériel loué, même si nous avons l’habitude de nous adapter à ce genre d’outil. La visio se termine, et nous pouvons enfin repartir à l’aventure !

On fait le tour du quartier, et on découvre de nuit le temple Senso-Ji (il est presque 23 heures). Majestueux bâtiment principal, à côté d’une impressionnante pagode illuminée. C’est presque désert, il n’y a quasi personne à part quelques touristes perdus comme nous. Magali fait de superbes photos de nuit, et s’amuse beaucoup à immortaliser ce premier moment de liberté réelle. J’aime la voir heureuse et surexcitée comme une petite fille… Elle continue de relater notre voyage sur Facebook en vidéo, elle est devenue influenceuse Japon malgré elle. Sa modeste communauté nous motive à relater nos expériences, et profite de notre rêve éveillé avec nous.
L’air de rien, aucun obstacle n’est venu rendre difficile mes déplacements depuis l’arrivée sur le sol japonais. Tous les carrefours sont adaptés, les rues sont calmes, les trottoirs plats même si anciens. C’est tout bonnement inimaginable quand on a un peu voyagé en europe qu’on puisse se déplacer aussi facilement…
On teste un distributeur automatique de boissons. Il y en a absolument partout, avec un choix impressionnant : des formes et des couleurs différentes, avec la quasi impossibilité de comprendre à quoi correspond le contenu. Il nous reste le hasard, on lui fait confiance. On tombe sur une boisson sucrée à la pêche, et un thé froid absolument pas sucré. Difficile de trouver ça bon, avec notre habitude occidentale d’avoir du sucre à peu près partout… c’est original, c’est sûr.
Sur le chemin du retour, on tombe sur notre premier Konbini : on prend de quoi se remplir l’estomac, et nous sommes édifiés par le prix ridiculement bas au vu de ce qu’on a pris… On debriefera dans la chambre, au calme.
Une fois dans la chambre, premier contact avec un WC japonais. Il faut le vivre pour comprendre à quel point le moindre petit détail du quotidien a son importance. Il y a même un bouton pour « faire du bruit » histoire de n’importuner personne, et on a le choix entre l’eau qui coule ou une petite musique…
Il est temps de dormir. Magali me met au lit avec le lève-personne qui a un peu de mal avec la moquette. L’atterrisage se passe bien, c’est difficile pour elle car le lit est très bas, beaucoup plus qu’à la maison. Je peux aussi enfin retirer ma poche et l’étui qui me servent à uriner depuis presque 48h. Libération. Elle prend soin de moi minutieusement, comme à son habitude.
Pendant qu’elle prend une douche bien méritée, je sombre littéralement dans un sommeil sans rêves, épuisé par tant de nouveautés.